Regards sur l’Economie Sociale et Solidaire- Alain Arnaud

I – Économie Sociale étant par nature vouée à l’homme, elle peut conceptuellement constituer un modèle de référence.

→ les entreprises et les organisations de l’Economie Sociale appuient leur action sur un socle de valeurs qui constitue leur carte d’identité et leur raison d’être :

  •  sociétés de personnes, elles sont tout d’abord dans une dimension humaine, et non dans une dimension financière comme le sont les sociétés de capitaux,
  • elles sont à but non lucratif et leurs réserves sont impartageables,
  • elles fonctionnent selon les principes démocratiques,
  • elles ont pour finalités la satisfaction des besoins de l’être humain, en conjuguant l’intérêt individuel et l’intérêt collectif, mais aussi la responsabilité, celle de l’individu, vis-à-vis de lui-même comme vis à vis de la société.

→ ces valeurs, ces raisons d’être, ces finalités, les entreprises de économie Sociale les érigent en règles statutaires, qui définissent tant leur objet social que leurs modes de fonctionnement, coopératif, mutualiste ou associatif.

→  elles s’engagent ainsi par leur action et leur effet redistributif, à apporter des réponses aux besoins sociaux des individus, en particulier les plus démunis, dans une approche solidaire et démocratique, en alternative à l’économie marchande qui privilégie la maximisation du profit individuel.

→  économie Sociale est fondamentalement une économie d’intérêt collectif, qui ambitionne de contribuer à la construction d’un modèle de société responsable et durable, garante de la cohésion sociale. Cela ne veut pas dire bien sûr qu’elle doive brider la liberté individuelle et l’initiative privée, mais c’est l’intérêt général qui doit primer.

→ cette forme d’économie est gage de stabilité, car elle crée des emplois, et elle n’est ni opéable ni délocalisable, elle n’alimente pas la spéculation financière,

→ elle constitue un important amortisseur des conséquences sociales des crises.

II – Pour autant, l’Economie Sociale est-elle irréprochable vis-à-vis des valeurs et des pratiques éthiques ?

Nul doute que l’Economie Sociale est confrontée aux évolutions de la société qui ont tendance à banaliser son action et à affaiblir sa vocation.

On peut y voir au moins 5 raisons :

  1.  nous sommes dans un environnement économique dominé par les règles du marché et de la concurrence. Cela crée un contexte qui conduit les entreprises de l’Economie Sociale bien souvent malgré elles, sur le terrain de la banalisation, et cela est un risque majeur, car ainsi, elles perdent de vue leur finalité et leur vocation, et donc leur identité,
  2. cette tendance est renforcée par l’obligation d’appliquer des normes et des règles créées pour réguler l’activité des sociétés de capitaux, concernant la concurrence, la solvabilité, les ratios prudentiels, les normes comptables,
  3. l’importance prise dans la gouvernance par une technostructure professionnelle, bien souvent au détriment du pouvoir politique et du contrôle démocratique, a dévoyé de leurs finalités premières certaines entreprises de l’Economie Sociale, notamment dans la banque.
  4. plus globalement, le contexte de marchandisation excessive, de financiarisation à outrance et de recherche du profit maximum ne facilite pas l’action des entreprises de l’Economie Sociale, tout du moins jusqu’à la crise financière et économique.
  5. enfin, la logique de marché et de compétition économique, dont il convient de ne pas nier les aspects positifs dans le progrès économique, a généré une société d’hyper consommation qui a modifié les comportements. En effet, les sociétaires des organisations de l’Economie Sociale et les bénéficiaires de leurs activités, sont devenus de plus en plus consommateurs et de moins en moins adhérents ou sociétaires, et encore moins militants.

Cette évolution a bien entendu entrainé des conséquences sur la vie démocratique des organismes de l’Economie Sociale, parce que l’adhérent ou le sociétaire est devenu avant tout un consommateur, tandis que la crise du militantisme tant redoutée il y a quelques années, est devenue aujourd’hui une vraie réalité.

III – Quelles sont les conditions pour que l’Economie Sociale puisse constituer un modèle de développement durable ?

Celles-ci apparaissent finalement fort simples :

→ L’Economie Sociale doit tout d’abord se rappeler en permanence sa raison d’être et ses finalités premières, afin d’éviter les dérives auxquelles les techniques gestionnaires peuvent conduire. Ses principes fondamentaux doivent être au cœur des stratégies de développement, des projets d’entreprise et des actions de formation des personnels, avant même les ambitions de conquête de parts de marché et de rentabilité financière.

→ Les entreprises qui composent l’Economie Sociale doivent refuser la banalisation, et rester distinctives dans leur mode de fonctionnement et leur service rendu à l’individu et à la société.

En France, par exemple, on ne connait plus vraiment la différence entre une banque coopérative et une banque commerciale privée, et le sociétaire a un pouvoir réel égal à zéro.

→ Elles doivent rester des structures de proximité pour être au plus près des besoins des personnes, et être attentives aux effets négatifs des concentrations qui les éloignent des préoccupations de terrain.

→ L’Economie Sociale doit mieux faire connaître sa différence, et mieux rechercher l’adhésion des citoyens, ainsi qu’une vraie reconnaissance auprès des pouvoirs publics et des institutions. Le contexte de crise d’aujourd’hui constitue une réelle opportunité pour informer et communiquer sur ses atouts. Elle doit aussi faire la démonstration qu’en conciliant l’économie avec les valeurs universelles de solidarité et de démocratie, elle a une utilité sociale et collective supérieure à celle de l’économie de capitaux.

→ Elle doit également être innovante en termes de concepts de gouvernance économique. Cela est certes difficile, dans un environnement économique dominé par l’argent et la recherche du profit, mais c’est la condition indispensable pour proposer une alternative.

Les défis des entreprises de l’Economie Sociale sont donc très clairement ceux de :

  • la gouvernance et du contrôle démocratique
  • la relation de proximité sur le terrain par son ancrage territorial ou sectoriel
  • l’éthique et des pratiques de management

C’est en relevant ces défis, et en apportant les bonnes réponses à ces questions, que l’Economie Sociale peut constituer un modèle de référence, et dans le même temps, par son exemplarité, contribuer utilement au service de l’intérêt collectif, en complément à l’action publique, notamment dans le cadre du développement des politiques de partenariat public/privé.

Cela pourrait être particulièrement pertinent pour faire face aux principaux enjeux de la société d’aujourd’hui :

– la régulation financière
– la gestion des biens communs
– la cohésion sociale

Si les entreprises de l’Economie Sociale sont des entreprises au sens économique du terme, elles sont surtout les représentantes d’un mouvement d’idées, porteur de valeurs universelles tournées vers l’être humain.

 

Discours de M. Alain Arnaud, président de la Mutualité Fonction Publique.

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